Se libérer du connu, extrait 2, Krishnamurti

Krishnamurti, encore et toujours, désormais sur ce blog où il a évidemment une place de choix.  Croiser cet extrait  avec une toile numérique de Ricou.G est une évidence - et vis, danse, et vie danse,  et vie dense - notamment celle-ci mais avec aussi tant d'autres ; ceux qui connaissent l'artiste et l'homme comprendront pourquoi ; j'invite les autres à découvrir cet artiste notamment sur son site, sa page FB mais aussi sur ce blog, en cliquant sur  le lien en fin de publication. Mais avant tout, découvrons ce texte sur la liberté d'être et de vivre avec soi-même tel que l'on est... La liberté n'est pas celle que l'on croit... nulle croyance ici mais ouverture d'esprit. Belle  et saine lecture !

Fran Nuda


                                                                 Ricou.G



La jeunesse aujourd'hui, comme toutes les jeunesses, est en révolte contre la société, et c'est une bonne chose en soi. Mais la révolte n'est pas la liberté parce qu'elle n'est qu'une réaction qui engendre ses propres valeurs, lesquelles, à leur tour, enchaînent. On les imagine neuves, mais elles ne le sont pas : ce monde nouveau n'est autre que l'ancien,  dans un moule différent. Toute révolte sociale ou politique fera inévitablement retour à la bonne vieille mentalité bourgeoise.

La liberté ne survient que lorsque l'action est celle d'une vision claire ; elle n'est jamais déclenchée par une révolte. Voir clairement c'est agir, et cette action est aussi instantanée que lorsqu'on fait face à un danger. Il n'y a, alors, aucune élaboration cérébrale, aucune controverse, aucune hésitation ; c'est le danger lui-même qui provoque l'acte. Ainsi voir c'est à la fois agir et être libre.

La liberté est un état d'esprit, non le fait d'être affranchi de " quelque chose " ; c'est un sens de la liberté ; c'est la liberté de douter, de remettre tout en question ; c'est une liberté si intense, active, vigoureuse, qu'elle rejette toute forme de sujétion, d'esclavage, de conformisme, d'acceptation. C'est un état où l'on est absolument seul, mais peut-il se produire lorsqu'on est formé par une culture de façon à être tributaire, aussi bien d'un milieu que de ses propres tendances ? Peut-on, étant ainsi constitué, trouver cette liberté qui est solitude totale, en laquelle n'ont de place ni chefs spirituels, ni traditions, ni autorités ? 

Cette solitude est un état d'esprit qui ne dépend d'aucun stimulant, d'aucune connaissance. Elle n'est pas, non plus, le résultat de l'expérience et des conclusions que l'on peut en tirer. La plupart d'entre nous ne sont jamais seuls, intérieurement. Il y a une différence entre l'isolement, la réclusion, et l'état de celui qui se sait seul. Nous savons tous en quoi consiste l'isolement : on construit des murs autour de soi afin de n'être atteint  par rien, de n'être plus vulnérable ; ou on cultive le détachement, qui est une autre forme d'agonie ; ou on vit dans la tour onirique de quelque idéologie. Se savoir seul, c'est tout autre chose.

[...]

En cette solitude, on commence à comprendre la nécessité de vivre avec soi-même tel que l'on est, et non tel qu'on devrait être ou tel qu'on a été. Voyez si vous pouvez vous voir sans émotion, ni fausse modestie, ni crainte, ni justifications ou condamnations, si vous pouvez vivre avec vous-mêmes tels que vraiment vous êtes.

[...]

Pouvez-vous donc - pouvons-nous, vous et moi - vivre avec ce que nous sommes réellement, nous sachant ternes, envieux, craintifs, incapables d'affection alors que nous nous croyons pleins d'amour, vite blessés dans notre amour-propre, facilement flattés, blasés... pouvons-nous vivre avec tout cela, sans l'accepter ni le nier, mais en état d'observation qui ne serait ni morbide, ni déprimé, ni exalté ?

 Et maintenant posons-nous la question qui résultent des précédentes : peut-on devenir conscient de cette liberté ? Si vous dites : " je suis libre ", c'est que vous ne l'êtes pas, de même que l'homme qui se dit heureux ne l'est pas, car s'il le dit, c'est qu'il revit la mémoire d'un certain passé. La liberté ne peut se produire que d'une façon naturelle, non en la souhaitant, en la voulant, en aspirant à elle. Elle ne se laisse pas atteindre, non plus,  à travers l'image qu'on s'en fait. Pour la rencontrer, on doit apprendre à considérer la vie - qui est un vaste mouvement - sans la servitude du temps, car la liberté demeure au-delà du champ de la conscience. 

Se libérer du connu,  Krishnamurti, juillet 1990







Commentaires

  1. Un texte qui interpelle et nous ouvre le chemin d'échanges philosophiques. Magnifiquement illustrée par cette toile de Ricou.

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