François CHENG, une voi(e)x dans les ténèbres
Une amie poète sur FB, Rita, m'a autorisée à faire, à mon tour, circuler ce poème, qu'elle a elle-même reçu d'un ami... faire entendre la voix d'un homme apaisé, conscient des réalités et de la tragédie inhérente à la nature humaine, sans pour autant tomber dans un pathos quelconque, mais, au contraire, nous convier à nous pencher plus avant vers ce que nous foulons avec indifférence et parfois même mépris, dans l'ignorance de l'essentiel... le souffle originel. Et je le citerai déjà ici : "Car vivre est savoir que tout instant de vie est rayon d'or sur une mer de ténèbres. ."
Fran Nuda
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| Photos prise sur le profil FB de Ching Yang Tung |
S'abaisser Jusqu'à l'Humus
S’abaisser jusqu’à l’humus où se mêlent
Larmes et rosées, sangs versés
Et source inviolée, où les corps suppliciés
Retrouvent la douce argile,
Humus prêt à recevoir frayeurs et douleurs,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
Rien ne soit perdu.
S’abaisser jusqu’à l’humus où se loge
La promesse du souffle originel. Unique lieu
De transmutation où se frayeurs et douleurs
Se découvrent paix et silence. Se joignent alors
Pourri et nourri, ne font qu’un terme et germe.
Lieux du choix : la voix de mort mène au néant,
Le désir de vie mène à la vie. Oui, le miracle a lieu,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
Toute fin puisse être naissance.
S’abaisser jusqu’à l’humus, consentir
A être humus même. Unir la souffrance portée
Par soi à la souffrance du monde ; unir
Les voix tues au chant d’oiseau, les os givrés
Au vacarme des perce-neige !
François Cheng
Quelques pensées supplémentaires de François Cheng :
C’est bien grâce à la beauté qu’en dépit des conditions tragiques nous
nous attachons à la vie. Tant qu’il y aura une aurore qui annonce le
jour, un oiseau qui se gonfle de chant, une fleur qui embaume l’air, un
visage qui nous émeut, une main qui esquisse un geste de tendresse, nous
nous attarderons sur cette terre si souvent dévastée.
Être pleinement une rose, en son unicité, et nullement autre chose, cela constitue une suffisante raison d'être.
N'allons pas plus loin dans la description de ce monde supposé. Déjà,
elle a le mérite de nous faire prendre conscience de ce qui fait
l'essence de la notion de vie. Nous vient à l'esprit un mot qui semble
caractériser cette notion le mot "devenir". Oui, c'est cela, la vie :
quelque chose qui advient et qui devient. Une fois advenue, elle entre
dans le processus du devenir. Sans devenir, il n'y aurait pas de vie ;
la vie n'est vie qu'en devenant. Dès lors, nous comprenons l'importance
du temps. C'est dans le temps que cela se déroule. Or le temps, c'est
précisément l'existence de la mort qui nous l'a conféré ! Vie-temps-mort
est un tout indissociable, à moins que ce ne soit mort-temps-vie.

J’ai lu avec le cœur et j’ai la confirmation de ce que je pensais : tout vient de lui
RépondreSupprimerDes textes qui se lisent avec la tête, qui se comprennent avec le coeur et qui me prennent aux trippes. Comme la beauté peut être simple ! Merci pour ce blog. Merci Fran.
RépondreSupprimerUn poème à méditer.Merci Fran ,belle introduction.
RépondreSupprimerC'est très beau ! La force des mots pour ceux qui encore savent lire !!!
RépondreSupprimerLe temps fait partie intégrante de la vie, comme la mort est inscrite dans la vie... entre le début de la vie et la mort... il y a le temps à vivre, à occuper... passer le temps du mieux que l on peut... pour devenir soi ou essayer de le faire émerger son SOI... c est une notion que j ai intégrée depuis mon adolescence.... ce poème l exprime tellement bien et mieux que moi.
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