Happiness, video de Steve Cutts et texte de Platon
Que dire ? Bonheur et désir... font-ils bon ménage ? Et où en sommes-nous dans ce cheminement vers le bonheur ? Vers où, vers quoi courons-nous ? Et s'il suffisait de s'asseoir et de regarder les beautés qui nous entourent, les mettre en avant, tout le temps, longtemps... et attendre... enfin plutôt... ne rien attendre... accepter la vie dans tout ce qu'elle nous offre... consentir au monde, comme disait Albert Camus... peut-être est-il là cet HAPPINESS... un cheminement plutôt qu'une course... et prendre conscience de ce qui nous entoure, tout ce que la Nature nous offre sans ne rien demander en retour...
Fran Nuda
Fran Nuda
Texte de Platon : tonneau plein et tonneau percé (le bonheur)
Notre extrait s'ouvre donc sur la parole de Socrate, qui tient la tempérance pour une vertu (alors que, selon Calliclès, elle n'est qu'une impuissance qui ne dit pas son nom). Mais comme Calliclès prétend que la recherche du plaisir doit guider l'homme en toute chose, c'est sur ce terrain que Socrate porte la question. Ainsi, une vie tempérante n'est-elle pas plus heureuse, finalement, qu'une vie déréglée, qui court sans fin après les désirs dans le but illusoire de les voir enfin tous satisfaits ? Pour répondre à cette interrogation, Socrate incarne ces deux « genres de vie » par deux personnages qui ont chacun dans leur cave des tonneaux remplis de délices. Le premier les a comblés après bien des efforts et les tient en réserve. Le second a fait de même, mais « ses récipients sont percés », en sorte qu'ils se vident plus vite qu'il ne les remplit. Il n'est ainsi jamais au bout de ses peines.
Socrate : [...] Suppose qu'il y ait deux hommes qui possèdent,
chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l'un sont sains,
remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d'autres
tonneaux, remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau est donc
plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à recueillir et
qu'on n'obtient qu'au terme de maints travaux pénibles. Mais, au moins,
une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n'a plus à y reverser
quoi que ce soit ni à s'occuper d'eux ; au contraire, quand il pense à
ses tonneaux, il est tranquille. L'autre homme, quant à lui, serait
aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même si elles sont
difficiles à recueillir, mais comme ses récipients sont percés et fêlés,
il serait forcé de les remplir sans cesse, jour et nuit, en
s'infligeant les plus pénibles peines. Alors, regarde bien, si ces deux
hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux
dis-tu qu'elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l'homme déréglé
ou celle de l'homme tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te
convaincs d'admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie
déréglée ? Est-ce que je ne te convaincs pas ?
Calliclès : Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l'homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n'a plus aucun plaisir, il a exactement le type d'existence dont je parlais tout à l'heure : il vit comme une pierre. S'il a fait le plein, il n'éprouve plus ni joie ni peine. Au contraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu'on peut dans son tonneau.
Socrate : Mais alors, si on verse beaucoup, il faut aussi qu'il y en ait beaucoup qui s'en aillent, on doit donc avoir de bons gros trous, pour que tout puisse bien s'échapper !
Calliclès : Oui, parfaitement.
Socrate : Tu parles de la vie d'un pluvier, qui mange et fiente en même temps ! -non ce n'est pas la vie d'un cadavre [1], même pas celle d'une pierre ! Mais dis-moi encore une chose : ce dont tu parles, c'est d'avoir faim et de manger quand on a faim, n'est-ce pas ?
Calliclès : Oui
Socrate : Et aussi d'avoir soif, et de boire quand on a soif
Calliclès : Oui, mais surtout ce dont je parle, c'est de vivre dans la jouissance, d'éprouver toutes les formes de désirs et de les assouvir ; voilà, c'est cela la vie heureuse !
Platon, Gorgias (vers 390 av JC) 493d-494b Flammarion 1987 GFTraduction Monique Canto
Calliclès : Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l'homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n'a plus aucun plaisir, il a exactement le type d'existence dont je parlais tout à l'heure : il vit comme une pierre. S'il a fait le plein, il n'éprouve plus ni joie ni peine. Au contraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu'on peut dans son tonneau.
Socrate : Mais alors, si on verse beaucoup, il faut aussi qu'il y en ait beaucoup qui s'en aillent, on doit donc avoir de bons gros trous, pour que tout puisse bien s'échapper !
Calliclès : Oui, parfaitement.
Socrate : Tu parles de la vie d'un pluvier, qui mange et fiente en même temps ! -non ce n'est pas la vie d'un cadavre [1], même pas celle d'une pierre ! Mais dis-moi encore une chose : ce dont tu parles, c'est d'avoir faim et de manger quand on a faim, n'est-ce pas ?
Calliclès : Oui
Socrate : Et aussi d'avoir soif, et de boire quand on a soif
Calliclès : Oui, mais surtout ce dont je parle, c'est de vivre dans la jouissance, d'éprouver toutes les formes de désirs et de les assouvir ; voilà, c'est cela la vie heureuse !
Platon, Gorgias (vers 390 av JC) 493d-494b Flammarion 1987 GFTraduction Monique Canto
[1] : Calliclès a fait observer préalablement que le type de "vie"
que recommandait Socrate s'apparentait à celle d'un cadavre, ou d'un
mort vivant (492 e).
Quelle angoisse , quel malaise , ce petit film est extra ds sa réalisation et comme il me parle . Cette vie je l’ai bien connue .... maintenant je suis sans médoc entourée de beau , de la nature et de la vraie vie, ça aide .
RépondreSupprimerC'est vrai, ce film est excellent. J'ai adoré. Mais mon penchant va vers le dialogue de Socrate. Il est toujours d'une très grande force et actuel. J'ai les oeuvres de Platon et combien de fois me suis-je replongé dedans. Merci Fran. Ton introduction n est pas sans intérêt non plus, loin de là . Merci
RépondreSupprimerMerveilleux petit film.Un texte qui fait réfléchir.Bien d'accord avec ton introduction.
RépondreSupprimerExcellent cece film mais quelle tristesse ! Tout ce que j'ai toujours fui et fuis encore tant que je le peux . Ton intro est super Fran et no comment pour les extraits, ils parlent d'eux-mêmes . Merci pour ce superbe moment
RépondreSupprimerHello Fran ! Je connaissais cette vidéo mais pas en entier ! Excellent vu le contexte actuel, mais ais-je le droit de dire excellent... non.... je ne pense pas ! Plutôt désolant mais tellement réel ! Triste monde !
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